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Paul-Antoine Veillon © Jean-Michel Largeau

Paul-Antoine Veillon : « Comment jouer un monologue, en s’adressant à la caméra ? »

Il y a quelques semaines, je parlais ici, en bien, de la web-série Pavés (disponible sur YouTube). Après mon interview de Nairod, l’un des deux co-auteurs, c’est France Info qui en a tressé les lauriers. Deuxième round aujourd’hui :  je discute avec Paul-Antoine Veillon, l’autre co-auteur de la web-série, et son réalisateur.

« Paul-Antoine, comment s’est articulée l’écriture à quatre mains, avec Nairod ?

— Quand Nairod m’a présenté son idée, lors de la compétition officielle de Filmapalooza à Rotterdam, j’ai dit banco tout de suite, parce que cela rentrait tout à fait dans la ligne de ce que nous voulons créer avec Écume & Acide. 

Nous en avions parlé auparavant, mais j’avais temporisé. Cette fois-ci, nous étions dans la bonne dynamique. Nairod venait de devenir associé au sein de Écume & Acide  et ce qu’il m’a proposé, c’est de co-écrire et de réaliser les épisodes de la série qui allait devenir Pavés

 Nairod avait déjà écrit plusieurs textes. Certains sont restés inchangés. J’ai écrit seul certains textes, nous avons coécrit d’autres textes, nous en avons réécrits ensemble. C’était une relation de confiance. Des séances hebdomadaires, pendant le premier confinement, de relecture et de réécriture. 

 Nous ne voulions pas avoir 8 textes, 8 pavés, pour ensuite les imposer aux actrices et acteurs. Nous en avons écrit davantage, un catalogue de 16, afin que les interprètes que nous voulions voir dans cette première saison puissent choisir. 

Une fois que nous avions un visage pour chacun des 8 textes, nous avons encore effectué des ajustements de texte. Nous souhaitions leur donner une portée universelle. Ce travail a duré 4 mois, et le travail d’ajustement s’est poursuivi en preproduction. Certains interprètes ont d’ailleurs apporté des modifications, pour s’approprier mieux encore le texte.

— Quel est le fil conducteur de Pavés ?

— En tant que réalisateur, il y a un fil conducteur au niveau de la direction d’acteur. 

Bien sûr, toutes et tous n’ont pas la même manière de travailler. Mais il y avait cependant un lien très fort d’un épisode à un autre, un ton qui se met en place. 

Je ne pense pas que les codes de jeu diffèrent complètement d’un épisode à un autre, il y a une certaine unité.   

De ce point de vue, je trouve intéressant qu’il n’y ait pas de suite logique entre les textes, même si l’ordre des textes relève d’un choix précis de notre part. L’épisode 1 donne le ton de la série. D’après les retours que nous avons eus, c’est celui qui est le plus universel d’ailleurs. 

Les autres entrent plus dans le détail, leurs thèmes vont plus parler à certains qu’à d’autres. 

— Pourquoi avoir imposé aux actrices et acteurs une posture assise, l’impression de mouvement étant surtout donnée par la caméra ?

— Étant aussi comédien, je me suis demandé comment les interprètes allaient réagir à cette contrainte. J’ai essayé de me mettre à leur place : comment jouer un monologue, en s’adressant à la caméra ? 

Le fait qu’ils soient assis relève à la fois d’une intention artistique, par l’homogénéité que nous souhaitions donner aux épisodes, mais aussi d’un aspect pratique. C’était peut-être plus simple de jouer, face à la caméra, de cette manière.   

Et puis cette posture correspond à la nature des messages qui sont dits, puisque ce sont des textos. J’adore le cinéma de Jacques Audiard, où les personnages sont prisonniers de la caméra, épiés, comme celui joué par Romain Duris dans De battre mon cœur s’est arrêté

Le travelling avant utilisé dans Pavés donne l’impression que le personnage ne peut pas se soustraire. Quand on écrit un texto, on peut bien sûr l’effacer et ne pas l’envoyer. Mais chaque personnage de Pavés est courageux, il envoie son message. Une fois que le message est envoyé, le personnage est prisonnier de ce qu’il a écrit. »

Pavés, saison 1, 8 épisodes disponibles sur Youtube.

Une web-série créée et écrite par Nairod et Paul-Antoine Veillon • d’après une idée originale de Nairod • réalisation Paul-Antoine Veillon • image Aurélien Loevenbruck • son César Lambilliotte • produite par Écume & Acide • co-produite par Nairod et Mediafaune.

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