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Saskia Bertrand : « J’aime le contraste entre architecture et nature. »

Dessinatrice et photographe basée à Paris, Saskia Bertrand évoque ses travaux où la nature, celle des campagnes de pays de l’Est, est ponctuée de bâtiments abandonnés et autres vestiges d’activité humaine.

« Saskia, ce qui a d’abord retenu mon attention dans votre travail est une série de photographies de ce qui semble être un bâtiment abandonné. Quelle histoire ses murs renferment-ils ? 

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Un ancien sanatorium, à Tskaltubo, en Géorgie. Photographies reproduites avec l'aimable autorisation de Saskia Bertrand.

— Cette série de photographies a été réalisée dans un sanatorium, dans un village de Géorgie qui s’appelle Tskaltubo. En effet, ce sanatorium avait été abandonné. Aujourd’hui, des réfugiés venus d’Abkhazie, une région désormais occupée par la Russie, en ont fait leur logement de fortune.   

Je ne souhaitais pas photographier les personnes qui vivent là et les mettre mal à l’aise. Elles se trouvent dans une situation précaire et elles n’ont pas le droit d’occuper ces bâtiments. D’ailleurs, je n’avais pas non plus le droit de m’y trouver.  

J’ai préféré m’interroger sur ces lieux immenses, fabuleux, sur leur force évocatrice. Sur les fenêtres qui s’ouvrent vers l’extérieur, la nature magnifique des alentours. Il y a quelque chose de poétique dans cette ouverture vers ces paysages, vers le monde, comme une lueur d’espoir. 

— Est-ce que votre premier voyage en Géorgie, à l’âge de 23 ans, pour vous qui êtes, selon vos propres termes, géorgienne à un huitième, était un passage obligé dans votre développement artistique ?

Dessins à la mine extraits d'une série créée par Saskia Bertrand, reproduits avec son aimable autorisation.
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— Mon père est géographe et ma mère travaille dans une compagnie aérienne. J’ai donc toujours beaucoup voyagé. Mon premier voyage en Géorgie ne s’inscrivait pas dans une quête d’ordre artistique, à proprement parler. J’étais tout simplement curieuse de découvrir la partie de ma famille qui vit en Géorgie et d’explorer ce pays très varié, d’ailleurs méconnu en Europe.   

Je me suis trouvé beaucoup d’affinités avec la Géorgie. J’y ai retrouvé le climat d’hospitalité dans lequel m’ont élevée ma mère et ma grand-mère. Par exemple, lors de repas totalement improvisés, où il y a un véritable brassage intergénérationnel. On peut être assis en face de personnes qui ont 80 ans, ou qui ont 10 ans.   

C’est à mon retour à Paris, en créant une série de dessins, que j’ai réalisé que ce voyage avait été important d’un point de vue personnel, mais aussi artistique. J’avais encore plus envie d’approfondir ma connaissance de la Géorgie.   

Photographies reproduites avec l'aimable autorisation de Saskia Bertrand.

— Le fait que vous ayez également des origines russes inscrit-il la Russie dans vos projets de voyage et de « prises de vue » ? 

— Au fil des années et de mes voyages en Europe de l’Est, je me suis aperçu que je contournais la Russie. Les récits que j’ai entendus au gré de mes rencontres ont fait apparaître des griefs qu’il m’est difficile d’ignorer.  

J’ai cependant très envie de découvrir la Russie. Je prévois d’ailleurs d’y effectuer un voyage prochainement, avec ma mère dont les grands-parents paternels étaient russes, pour parcourir la campagne, jusqu’à la Sibérie. Idéalement dans des paysages hivernaux.   

Photographies reproduites avec l'aimable autorisation de Saskia Bertrand.

— À propos de vos dessins, vous parlez d’une « approche du paysage par l’architecture du dessin, pour mettre en évidence la beauté de la Nature. » Quel rapport s’établit entre fiction et réalité dans votre travail de composition ? 

— J’aime le contraste entre une architecture structurée et une nature libre et sauvage. J’aime aussi mettre en avant les vestiges.   Dans les pays de l’Est que j’ai parcourus ces dernières années, en Roumanie, en Ukraine, en Bulgarie, en Géorgie, ce sont souvent des endroits qui n’intéressent plus personne, qui sont laissés à l’abandon, voire qui sont voués à la destruction ou déjà détruits, parce que les habitants ne veulent plus les voir. Je trouve cela dommage, car nombre d’entre eux pourraient être réhabilités, devenir des hôtels, des lieux de vie.   

Comme pour mes photographies de sanatoriums abandonnés, réalisées en Géorgie, bien souvent il s’agit d’endroits dont l’accès est interdit au public. Je dois escalader des grilles ou des murs pour y accéder. Ce qui implique que j’ai seulement un temps limité pour effectuer de premiers croquis ainsi que des photographies, à partir desquels je crée les dessins par la suite.   

Il s’agit alors d’un travail de composition. Des informations sont manquantes. D’autres vont être retirées par choix. Je peux aussi donner plus de place à la nature, ajouter une essence d’arbre qui me paraît intéressante de par son rapport avec les éléments architecturaux. Les blancs jouent également un rôle important dans mon travail de composition.  

Cela me plaît, lors d’une exposition, quand une personne qui s’intéresse à l’un de mes dessins me fait part de ses impressions, et qu’elles sont différentes de celles que j’avais en observant le lieu et en le dessinant. Chacun peut effectuer sa propre interprétation, suivre son propre chemin dans la contemplation. »

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