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marie moroté im not james
Marie Moroté, autoportrait.

Marie Moroté : « J'ai une forte préférence pour la spontanéité. »

À l’ère du personal branding, la photographe Marie Moroté signe son travail d’un sibyllin « I’m not James. » Ce qui, outre ses images, venues entre autres de plateaux de tournage de clips musicaux, a attisé ma curiosité.

« Marie, vous êtes photographe de plateau pour de nombreux clips. En quoi consiste le travail d’un photographe de plateau ? Quelle est votre touche personnelle ?

Kiddy Smile_MARIE MOROTÉ
Kiddy Smile, Slap My Butt. Prod. Pelican Paris. Crédit photo : Marie Moroté.

— La photographie de plateau est un cadre idéal, à mes yeux. On m’offre un tableau en 3 dimensions, à l’intérieur duquel je peux bouger. Je me faufile partout, sans gêner les autres personnes. C’est comme une immersion totale dans le clip.

Je pense qu’il est important qu’il y ait un making of, mais ma démarche ne consiste pas à photographier les séances de maquillage, par exemple. J’essaie de trouver des angles originaux. Les photographies de plateau peuvent être utilisées en communication interne, comme archives, ou bien dans les réseaux sociaux, ou pour faire de la publicité, même sur des pochettes d’album, comme cela est déjà arrivé. J’ai travaillé sur un tournage de Ben l’Oncle Soul, où I AM était en featuring, à Marseille. À la fin du tournage, j’ai réalisé une série de portraits. L’une de mes photographies de Ben l’Oncle Soul a été reprise pour créer l’affiche de la tournée.

Les tournages de clip sont souvent intenses, ils durent seulement 1 ou 2 jours. Pour le clip de Kiddy Smile, à Amsterdam, le tournage a commencé à minuit et s’est terminé à 9 heures du matin. Cette intensité me donne l’impression que le tournage dure une semaine. Des liens s’établissent très rapidement. J’ai une forte préférence pour la spontanéité. Lors d’un tournage, je ne demande pas de poser aux personnes que je photographie. J’aime saisir quelque chose qui m’a ému, dans une scène.

404Billy, Pearl Harbor. Prod. Pelican Paris. Crédit photo : Marie Moroté.

— Vous utilisez le terme de photoactivisme, à propos d’une série de photographies réalisée lors du blocus de la tour EDF dans le cadre de l’action pour le climat du 19 Avril 2019. Quelle définition donneriez-vous du photoactivisme, tel que vous le pratiquez ?

Action Climat du 19 Avril 2019. Alternatiba.

— La spontanéité que j’évoquais est influencée par le photojournalisme. Des scènes se présentent et il s’agit de les saisir. Le photoactivisme peut être vu comme une catégorie de photojournalisme, tout en se situant dans une action militantiste.

J’ai commencé le photoactivisme avec des associations écologistes. Le blocus de la tour EDF est le premier travail que j’ai effectué après avoir intégré leur pool de photographes. C’est aussi quelque chose de très intense. Il y a des forces de police. On sait que l’on prend des risques.

J’ai continué à travailler avec ces associations pendant un certain temps, pour couvrir des manifestations. Puis j’ai eu du mal à me renouveler ayant l’impression de voir les mêmes images à chaque manifestation. J’ai pris du recul et j’ai quitté ces associations. Je réfléchis à une démarche plus personnelle, car la question écologique me tient particulièrement à cœur et j’aimerais trouver mon propre angle dans l’activisme.

— Votre site professionnel s’appelle I’m not James, qui est aussi le titre de l’un de vos projets. Quelle idée se cache derrière ce titre ?

— Cela vient d’une époque où j’étais associée avec une graphiste. Elle travaillait à Marseille, tandis que j’étais basée à Londres. À ce moment-là, assez peu de femmes travaillaient dans le graphisme, à Marseille. C’était un peu compliqué de se faire entendre, en tant que femmes. Alors nous avons eu l’idée de nous présenter aux clients sous les noms de John et James, ce qui marchait bien.

Quand je me suis lancée seule, je n’étais donc plus James, et dans une sorte d’évolution de mon personnage qui devenait indépendant, j’ai décidé de m’appeler I’m not James.

— Dans votre communication, vous avez fait le choix de ne pas vous mettre en avant, notamment par l’absence de photographies où vous êtes facilement identifiable, comme dans le portrait que vous avez choisi pour accompagner cette interview, ou encore par l’utilisation de l’intitulé I’m not James. Cela vient-il d’une volonté de vous situer à contre-courant des pratiques de personal branding ?

— Quand j’ai suivi des études de graphisme, on m’a appris qu’il fallait se mettre en retrait pour mieux observer. De la même manière, quand je photographie, je me place en retrait. Les photographies que j’ai prises et qui me touchent le plus sont celles qui entrent le plus en résonance avec moi, en tant que personne. Elles disent donc beaucoup sur moi.

Je pense qu’en ne se mettant pas en avant, cela favorise le fait que l’attention soit prêtée au travail, plutôt qu’à la personne. »

En savoir plus sur le travail de Marie Moroté

Nadjee, Pas là-bas. Prod. Pelican Paris. Crédit photo : Marie Moroté.
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