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Perrine Mornay et Olivier Boréel, du collectif Impatience
Perrine Mornay et Olivier Boréel, du collectif Impatience

Perrine Mornay et Olivier Boréel, à la poursuite d'Olivier Py

Qui est Olivier Py ? Peut-être les spectateurs qui assisteront à la pièce Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py, annoncée avec Olivier Py au jeu, donnée en petit comité (une jauge avoisinant la douzaine) dans une salle de réunion de l’hôtel Mercure d’Avignon du 7 au 12 juillet, dans le cadre de la programmation du Théâtre du Train Bleu, pourront-ils avoir un complément de réponse à cette question. Ce faisant, un certain mystère entourant cette proposition théâtrale, je n’ai pu m’empêcher d’en discuter avec ses co-créateurs, Perrine Mornay et Olivier Boréel, du collectif Impatience.

— Comment l’idée de Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py a-t-elle pris forme ?

— (Olivier) L’envie est née il y a deux ans, pendant le Festival d’Avignon. Je me suis dit : « C’est la fin du mandat de Olivier Py à la direction du Festival d’Avignon. » Il y avait peut-être quelque chose à faire…

Par ailleurs, je sortais d’une série de représentations de théâtre-forum dont les thématiques étaient liées à la santé. Cela se déroulait souvent dans des salles de réunion d’hôtel, avec des soignants. J’ai remarqué qu’il y avait une théâtralité, dans ces réunions, qui n’est pas exploitée sur scène. Certes, le décor qu’offre une salle de réunion est cheap, mais j’ai été plusieurs fois surpris par la possibilité de faire du théâtre dans un espace réduit, par la proximité avec quelques personnes. Est venue l’envie de mêler un espace non conventionnel pour le théâtre et l’idée du bilan.

Je sentais aussi qu’était venu le moment, pour des raisons différentes de celles de Flaubert, mais pour reprendre sa formulation : « Mme de Bovary, c’est moi », de dire : « Olivier Py, c’est moi. »

— Perrine, à quelles étapes du processus de création êtes-vous intervenue ?

— Olivier et moi collaborons depuis un bon moment. Au sein du collectif Impatience, nous avons une façon de travailler qui consiste à prendre un sujet comme prétexte d’une recherche qui va déplacer la façon de regarder, de faire public, d’assister à une représentation.

L’idée de la représentation et de l’image occupe une place importante dans notre travail. Est-ce que l’image permet de créer du lien ? Il s’agit d’une question récurrente dans notre travail. Dans Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py, j’interviens à cet endroit : le questionnement autour du public, le questionnement autour d’une parole qui n’est pas purement une parole théâtrale.

Nous utilisons des gimmicks de réunion, un champ qui n’est pas totalement le nôtre. Comment est-ce que l’on entretient une forme de trouble, comment on entretient une façon différente, pour le public, de percevoir, et ce avec toutes les acceptions du terme « percevoir », d’un point de vue sensoriel, émotionnel, cérébral…

Par exemple, dans une autre de nos créations, Lumen texte, il n’y a pas d’acteur. Juste un vidéo projecteur qui projette des phrases, qui s’adresse au public. Tout l’enjeu de ce spectacle est de parvenir à créer un moment de représentation théâtrale avec une audience. Le seul acteur, c’est le texte, qui est conscient de faire un spectacle, qui s’adresse au public en disant : « Il n’y aura que moi. »

— (Olivier) Perrine intervient aussi comme une simplificatrice. J’ai tendance, je crois, à dire que tout est compréhensible. J’ai une certaine préférence pour ce qui est tordu.

— (Perrine) Dans le cas de Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py, je connais les différents aspects des anecdotes qui font partie du texte. Je peux donc imaginer ce qui va fonctionner en termes de trouble de la perception, ou ce qui ne va pas fonctionner.

— En préambule, vous me disiez que la présence de votre collectif au off est inhabituelle, de par les formes de vos spectacles, plutôt tournées vers la performance, la danse et les arts plastiques, et que vous n’envisagez pas le Festival sous sa facette de marché, où il s’agit aussi pour les compagnies de vendre leur spectacle. Est-ce une sorte de bravade que d’utiliser un titre qui pourrait être perçu —je vous dis cela de manière un peu provocante— comme racoleur, tandis que votre but premier n’est pas de vendre ce spectacle ?

— (Olivier) Nous savons très bien que la pièce s’inscrit dans le contexte du Festival. Certaines personnes vont venir voir la pièce parce qu’elles auront remarqué dans le programme ce titre, Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py. J’ai longtemps hésité à passer à l’acte, à utiliser le nom d’Olivier Py dans le titre d’un spectacle. Jouer cette pièce à Avignon, c’est une façon de déplacer le frottement entre fiction et réalité, une façon inhabituelle d’aborder nos questionnements.

— (Perrine) Je ne pense pas que l’on puisse parler de racolage, dans le sens où il s’agit de faire un bilan bien réel, artistique, intime et personnel, d’Olivier Py. En quoi le Festival d’Avignon ne pourrait-il pas être un endroit où il serait possible d’effectuer un bilan personnel, et de le partager avec un public ? Il y a une vraie démarche de sincérité, d’honnêteté.

— La pièce prend la forme d’une réunion où sont conviés les spectateurs, et vous évoquiez les gimmicks propres à une réunion. De quelle manière vous en êtes-vous approprié les codes et éléments de langage ?

— (Perrine) Une compagnie est aussi une entreprise. Nous avons de nombreuses réunions de production, ou avec des partenaires, avec des tutelles. Nous établissons des ordres du jour. Nous avons aussi une casquette de manager. Nous en avions donc déjà une bonne vision.

— (Olivier) Nous réglons encore certains détails réalistes, quant au savoir-faire d’une réunion. Par exemple, lorsque des membres du Théâtre du Train Bleu sont venus voir notre travail, ils nous ont donné quelques indications sur la manière habituelle de présenter les titres d’un Powerpoint.

— Où se situe la théâtralité d’une réunion ?

— (Perrine) Nous amenons la réunion vers le théâtre, mais sans surligner. Nous jouons avec la neutralité de la réunion, où il y a des codes, une représentation, ainsi qu’une personne qui facilite la parole, qui anime, qui coordonne. Dans une bonne réunion, le facilitateur ne dit pas : « Je vous donne la parole. » La parole se prend au moment où quelqu’un a quelque chose à dire, parce qu’il sait qu’il a une place à tenir au sein de la réunion.

Ceci n’est pas propre au monde de l’entreprise d’ailleurs. Si l’on regarde du côté de l’activisme, et notamment l’activisme féministe et éco-féministe, il y a eu toute une réflexion quant à la manière d’agir en tant que collectif, quant à la manière de représenter le pouvoir. Ce qui a découlé de cette réflexion a ensuite été repris par le monde de l’entreprise, en matière de management.

— (Olivier) La théâtralité qui nous intéresse ici n’est pas une théâtralité démonstrative. La théâtralité de cette réunion tient davantage au rythme, celui du défilement des diapositives d’un Powerpoint, celui du débit de parole de la personne qui mène la réunion, où s’insère la prise de parole par une autre personne, en l’occurrence le public. Ici, nous entendons la théâtralité par un rythme d’attention des personnes qui regardent et écoutent, une mise sous tension.

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